Ce livre n'existe pas !
Aucun manuel, guide, tutoriel ou autre didacticiel ne permet de disposer de bases solides pour apprendre les techniques et l'art du tatouage.
Les rares ouvrages techniques de qualité existants (rédigés le plus souvent en anglais par des professionnels reconnus) ne peuvent constituer qu'un éventuel complément à un réel apprentissage déjà entamé, ou une aide au perfectionnement d'un tatoueur pro.


La machine à tatouer n'est pas un jouet, c'est pourquoi on ne s'improvise pas tatoueur en s'achetant un simple "kit pour débutants"...
Devenir tatoueur...

Si la France comptait à peine une vingtaine de tatoueurs au milieu des années 1980, ce nombre a rapidement explosé : Tatouage Magazine recensait plus de 300 studios dans son premier numéro (1997)... Aujourd'hui, plus de 4000 professionnels exerceraient le tatouage comme activité principale. La réglementation sanitaire de 2008 devrait préciser ces chiffres dans les mois à venir : la déclaration individuelle d'activité de tatouage en préfécture, rendue obligatoire depuis le 7 janvier 2009, va permettre de disposer de chiffres officiels sur les professionnels déclarés sur l'hexagone.

Le tatouage est devenu sans conteste l'une des activités artistiques les plus en vogues. Pourtant loin d'être anodin, l'acte de tatouer engage la santé et l'intégrité physique de la personne tatouée tout en exigeant une grande maîtrise technique et artistique. En ce sens, il est fondamental d'insister sur la nécessité d'une formation solide avant toute première utilisation d'une machine à tatouer (ou dermographe).

Toute personne souhaitant devenir tatoueur devrait prendre connaissance des questions suivantes :
- une profession soumise à des règles
- "écoles" et formations payantes
- les "secrets" ou la peur de la concurrence : un grand mythe !
- les principes à connaître et à respecter
- démarcher un tatoueur prêt à prendre un apprenti
- déroulement d'un apprentissage.



UNE PROFESSION SOUMISE À DES RÈGLES

Quiconque projette d'apprendre seul chez lui après avoir acheté un "kit" à bas prix (une machine correcte, même pour débuter, est coûteuse) se dirige vers l'échec, ou pire... Vers des pratiques inadaptées, mettant en jeu la santé ou l'intégrité physique de ses futurs clients : Outre le fait de travailler avec un matériel incomplet et de qualité médiocre, une telle expérience contrevient à la loi. En effet, la réglementation impose à toute personne effectuant des actes de tatouage de :
# suivre préalablement une formation à l'hygiène dispensée par un organisme habilité ;
exercer dans des locaux normalisés avec une salle technique exclusivement dédiée à ces actes ;
déclarer son activité en préfecture (ARS).
Autant d'obligations incompatibles avec le tatouage à domicile (déplacement chez la personne qui se fait tatouer) ou la pratique en amateur : Le tatouage, bien que non encore reconnu officiellement en tant qu'activité artistique, est soumis à des obligations sanitaires et administratives.

Au-delà de l'aspect légal, un tatoueur porte la lourde responsabilité de créer une marque définitive sur le corps, dont la qualité et l'originalité relèvent du seul jugement du porteur du tatouage. Aucun diplôme, certificat, label ou autre certification ne peut confirmer la qualité du travail d'un tatoueur. Cette qualité puise notamment sa source dans les compétences graphiques du futur tatoueur : Un aspirant apprenti tatoueur refoulé par plusieurs tatoueurs doit donc s'interroger sur ses propres compétences !

Enfin, un tatoueur soucieux d'exercer dans une démarche éthique et artistique se doit de respecter des principes qui participent à l'image de la profession entière et à sa reconnaissance : La Charte du SNAT, rédigée en 2010, répond à cette préoccupation.



"ECOLES" ET FORMATIONS PAYANTES

La formation obligatoire porte exclusivement sur les conditions d'hygiène et de salubrité, mais ne forme en aucun cas aux techniques de tatouage proprement dites : Aucune formation agréée ou reconnue par l'Etat ou par la profession ne dispense d'initiation technique.
Centre, studio, école, organisme... On trouve sur Internet plusieurs structures affichant des dénominations plus ou moins alléchantes. En revanche, le nom de leurs fondateurs, lorsqu'il est identifiable, reste inconnu du monde du tatouage. Si certains avancent 10 ans d'expérience ou plus, ou encore se présentent comme des "professionnels qualifiés", il est difficile d'en savoir plus sur ces qualifications : Si on les interroge sur leur propre parcours, on reste le plus souvent sans réponse. Dans le cas contraire, les explications restent évasives, le CV est flou voire inexistant : Peu d'informations concrètes filtrent sur la validité des compétences des personnes responsables de la formation...
Tous insistent cependant sur le fait que c'est suite à leurs propres difficultés rencontrées pour accéder aux techniques qu'ils ont décidé de créer des formations payantes... On peut alors légitimement s'interroger sur la manière dont ils ont eux-mêmes fini par accéder au savoir qu'ils monnayent, et surtout quels critères leur permettent d'affirmer la qualité et la validité des formations proposées. Les seules certitudes rencontrées visent les tarifs et la durée des formations. Les tarifs constatés varient de 1000 à 4000 euros la semaine. La durée des formations dites d'initiation oscille entre 15 et 60 heures.
En l'état actuel de la profession et de l'offre en la matière, le choix d'une "école" ou d'une formation payante reste tout-à-fait marginal et hasardeux. L'offre est limitée, coûteuse, et n'offre aucune véritable garantie sur les compétences du formateur. Se présenter auprès d'un professionnel avec un tel "cursus" apporte ainsi peu de crédit lorsqu'on cherche un poste de tatoueur... Si de rares séminaires techniques ou stages de perfectionnement sont proposés sur les conventions ou en studio par des tatoueurs reconnus, ils sont destinés à des professionnels déjà expérimentés : Le SNAT ne cautionne, à ce jour, aucune formation payante destinée aux débutants.



LES "SECRETS" OU LA PEUR DE LA CONCURRENCE : UN GRAND MYTHE !

Il y a 25 ans, celui qui voulait devenir tatoueur se lançait dans le parcours du combattant : Accueilli sèchement par les pros, il lui fallait redoubler d'ingéniosité pour dégoter du matériel. Les "secrets" étaient bien gardés, et le tatoueur débutant entamait une longue période de tâtonnements, d'erreurs et de découvertes. Cette époque, révolue avec l'explosion du tatouage, la multiplication des studios, l'arrivée de nouveaux "profils" dans le métier, et l'accès aux informations via les médias dont Internet, a toutefois laissé des traces tenaces dans les mentalités.
Celui qui peine aujourd'hui à acquérir une technique cède souvent à la facilité de penser que ce sont l'égoïsme et la crainte de la concurrence qui l'empêchent d'accéder à des secrets qui n'en sont pourtant plus !
Tous les pros sont plus ou moins sollicités par des candidats désireux d'apprendre. L'activité d'une échoppe ne justifie pourtant pas toujours la présence d'un apprenti. Lorsqu'on sait qu'un apprentissage correspond à un minimum d'un an de formation, on comprend mieux les refus répétés qu'essuie la plupart des candidats... L'aspirant tatoueur manque généralement de recul sur la difficulté du métier, les qualités qu'il exige, et donc ses chances de relever l'intérêt d'un maître d'apprentissage potentiel. Les tatoueurs s'étonnent toujours de la médiocrité de certains candidats !
Contrairement à une croyance répandue, les professionnels en place, et à plus forte raison les plus expérimentés d'entre eux, sont pourtant disposés à former un apprenti "qui vaut le coup", autrement dit qui dispose d'un réel potentiel artistique et surtout d'une motivation à toute épreuve... Face à la forte demande, les pros sont en revanche de plus en plus exigeants : Qui peut leur reprocher de ne pas vouloir perdre leur temps ? Un simple tour sur les conventions de tatouage permet de voir à quel point les plus talentueux, et souvent même les plus sollicités d'entre eux sont les premiers à consacrer un peu de temps à un dessinateur timide en quête de quelques conseils ou d'avis sur son book... La curiosité, l'accès à de nombreuses sources d'information, et bien sûr des niveaux graphiques tirant vers le haut, donnent à chacun sa chance.



LES PRINCIPES À CONNAÎTRE ET À RESPECTER

Celui ou celle qui s'apprête à démarcher des studios de tatouage, ou qui a déjà commencé à le faire avec plus ou moins de succès, doit avant tout prendre du recul sur ses dessins : Est-on soi-même assez exigeant sur leur qualité ? S'est-on imprégné de la culture tatouage ? S'intéresse-t-on aux travaux des artistes reconnus ? Cela demande de lire un maximum d'ouvrages et de revues sur le sujet, visiter les studios, se déplacer en convention... Et se faire tatouer bien sûr ! Autant de moyens pour observer des professionnels travailler et créer des contacts. La personnalité de chacun entrera inévitablement en ligne de compte : le tatouage est une affaire de sensibilité et les qualités humaines sont déterminantes. Celui qui sait se montrer à la fois discret et curieux aura fait la plus grosse partie du chemin...

Alternative à l'apprentissage : Se lancer en autodidacte
Force est de constater que cette option représente une voie courante. De nombreux tatoueurs aujourd'hui reconnus ont commencé de cette manière... Ils sont aussi les premiers à avouer qu'ils auraient évité bien des erreurs et gagné un temps précieux s'ils avaient eu la chance d'être formé par un pro. Le plus difficile en autodidacte est de choisir son matériel : Les kits à bas prix sont de qualité médiocre, mais les machines et produits professionnels sont onéreux.
Apprendre en autodidacte ne doit pas dispenser de rechercher le contact avec des professionnels. En restant isolé, on risque de répéter des erreurs pendant des années sans même s'en apercevoir. En outre, dès l'instant où on tatoue des personnes, on est tenu de respecter la loi, ce qui représente un coût lourd à assumer lorsqu'on ne bénéficie pas d'un démarrage dans une structure professionnelle rodée : Cela implique le financement de la formation obligatoire à l'hygiène, l'aménagement d'un studio normalisé et l'investissement dans un équipement professionnel notamment.
En tout état de cause, le SNAT ne peut encourager la pratique du tatouage en autodidacte sans au minimum l'appui et les conseils d'un ou plusieurs professionnels.

Quoi qu'il en soit, le premier effort doit porter sur le dessin : C'est l'atout élémentaire (ou la faiblesse) du futur tatoueur. Débutant ou expérimenté, on ne dessine jamais trop !
Il ne faut donc pas hésiter à remettre constamment en cause son propre niveau en dessin, et travailler successivement sur différents thèmes et mouvements. Si c'est possible, sonder l'avis de personnes compétentes (pas forcément des tatoueurs !).
Comme dit précédemment, il est également important de s'imprégner de la culture tatouage en s'intéressant à la fois à son histoire, ancienne et contemporaine, et aux travaux des artistes reconnus. La visite des studios et des conventions de tatouage représente d'excellents moyens pour observer des professionnels travailler (en veillant toutefois à rester discret et ne pas gêner leur travail), et pourquoi pas créer des contacts, avoir des avis sur ses dessins, etc.



DEMARCHER UN TATOUEUR PRÊT À PRENDRE UN APPRENTI

En terme d'apprentissage, la demande a largement dépassé l'offre : Un tatoueur professionnel est régulièrement sollicité tout au long de l'année. Pour décrocher la formation convoitée, il faut donc à la fois faire la différence quant à ses qualités graphiques et faire preuve de patience et de persévérance pour espérer susciter l'intérêt d'un maître d'apprentissage.
Il faut également bien garder à l'esprit qu'un tatoueur n'a pas forcément le temps ou l'énergie disponible pour former un apprenti, et surtout ne jamais oublier que celui qui "demande", c'est le futur tatoueur et non le contraire... Certains ont tendance à occulter ce principe, et s'étonnent de ne pas être mieux accueillis, comme si le tatoueur sollicité leur devait quelque chose !

Avant de prospecter un tatoueur, il est indispensable de préparer un book digne de ce nom : C'est lui qui fera office de CV auprès des tatoueurs sollicités.
Ce book doit refléter le "niveau" en dessin de l'aspirant apprenti, si possible dans différents styles.
Les créations personnelles sont accessoires, sauf si elles dénotent un talent exceptionnel, ce qui n'est vraiment pas évident à juger sur son propre travail !
Les tatoueurs pros voient énormément de candidats et de "books" défiler, c'est donc la qualité (avant l'originalité) des dessins qui sera susceptible de faire la différence. Couleur ou noir et blanc, ce n'est probablement pas le plus important, dans le mesure où le candidat sait utiliser les nuances dans n'importe quel cas...
Peu importe le format de présentation (carton à sketches, carnet de croquis, etc.), mais présenter un contenu propre et organisé (par thèmes) en facilitera la "lecture" et pourra donc être un plus.
Il est essentiel de favoriser la qualité à la quantité, en éliminant les dessins dont le candidat n'est pas convaincu. Eviter tout de même de se présenter avec seulement 3 ou 4 dessins sous le bras, et attention aux "copies", elles sont très facilement repérées par un tatoueur expérimenté...

Bien qu'il soit simple de solliciter l'attention de professionnels via Internet, avec un book en ligne, il est toujours préférable d'établir un premier contact "réel" : Une rencontre peut se révéler décisive ; Un échange de courriers électroniques a moins de chances d'aboutir.

Quelle que soit la méthode employée, elle peut se résumer à : Motivation, patience et modestie !
Autrement dit : Se montrer à la fois disponible et discret, respecter le travail et les clients du tatoueur, savoir attendre... Et garder à l'esprit que le risque de désillusion est grand pour ceux qui ne rassemblent pas toutes ces qualités. Le métier de tatoueur est bien plus exigeant et difficile que certains le pensent !



DÉROULEMENT D'UN APPRENTISSAGE

Tout débutant apprenti entame une longue période de privations et va devoir s'habituer aux sacrifices. En revanche, un apprenti n'a en aucun cas à débourser la moindre somme d'argent pour sa formation dans un studio : Il participe à la vie du shop, peut se voir octroyer des tâches ingrates, et est censé donner de sa personne quotidiennement d'une manière générale. C'est sa manière de payer sa formation.


(Dessin par Issa, pour Tatouage Magazine n°78, 2011)
L'apprenti doit savoir toucher à tout dans un studio avant de toucher à la machine à tatouer... Une polyvalence qui demande beaucoup d'énergie !

En principe, un tatoueur consciencieux initie au miminum son apprenti sur les points suivants :
- reconnaissance des lieux, du matériel et de son fonctionnement
- préparation du matériel
- vérification de tous les aspects concernant l'hygiène
- assimilation des différentes techniques graphiques et styles de base
- pratique sur des travaux simples et rapides.

Plusieurs mois peuvent se passer avant qu'une machine ne soit confiée à un apprenti en vue d'une première réalisation. Cette pratique s'orientera progressivement vers des travaux plus complexes, toujours sous la surveillance du tatoueur, qui livrera l'apprenti à lui-même seulement lorsqu'il le jugera "prêt".
Suivant la capacité de l'apprenti à comprendre et assimiler les techniques, des bases solides peuvent être acquises en 6 à 24 mois.

Le chemin peut être long à parcourir, mais cette transmission des savoirs et des acquis d'une génération à l'autre permet au tatouage d'évoluer. C'est grâce à elle que des styles nouveaux ont émergé et que l'art et les techniques du tatouage se sont considérablement affinés...



Notre forum public accueille tous ceux qui envisagent de rejoindre le SNAT et qui :
# ont un projet professionnel abouti mais n'ont pas encore déclaré leur activité, et ont des questions d'ordre réglementaire ou administratif par exemple.
# OU recherchent activement un apprentissage.


© s-n-a-t.org 2003-2016